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Biogaz : des références pour concevoir nos modèles (2000)
L'agriculture représente la principale source de potentiel de production de biogaz en France : si l'on prend en compte les 300 millions de tonnes de déjections d'élevage par an, le gisement total d'énergie qui pourrait être mobilisé représente plusieurs millions de tonnes-équivalent pétrole par an -3 à 4 Mtep à l'horizon 2020 (1) - : bien plus que ce qu'on pourrait produire à partir des déchets et effluents municipaux et industriels.
Pourtant, sur les 170.000 tep de biogaz valorisées sur l'hexagone, l'agriculture ne contribue qu'à hauteur de 100 à 200 tep.
Au niveau européen, les digesteurs agricoles produisent 30.000 tep environ.

Au moment des chocs pétroliers de 1973 et, surtout, de 1979, la plupart des pays européens cherchent à développer le biogaz " à la ferme ". Environ 300 installations sont construites dans l'Europe (des 12 à cette époque) plus une centaine en Suisse.
A partir de 1986, la chute des cours de l'énergie annule toute perspective de rentabilité de ces installations, encore expérimentales et dont beaucoup furent abandonnées, avec des taux d'abandon qui varient de plus de 90 % (France) à moins de 50 % (Suisse).

On assiste aujourd'hui à un renouveau de cette application, avec un développement rapide en Allemagne et notamment en Bavière (plusieurs centaines de digesteurs à la "ferme"). La Finlande, le Portugal, l'Autriche, la Suisse, l'Italie, le Danemark, le Royaume-Uni en comptent chacun plusieurs dizaines, pour moins d'une dizaine en France.

En Allemagne, une bonne proportion des unités individuelles sont construites pour partie par les agriculteurs eux-mêmes, avec l'assistance d'entreprises spécialisées. Des modules standard sont fabriqués en atelier et prêts à être raccordés. Il ne s'agit pas, sauf exception, d'auto-construction, mais d'auto-installation d'une part plus ou moins importante de l'unité.

Le Danemark pour sa part a développé fin des années 80 des programmes de méthanisation des lisiers dans des unités collectives centralisées, bénéficiant d'effets d'échelle importants.
Sur la cinquantaine d'installations centralisées en fonctionnement en Europe, 25 sont au Danemark, une dizaine en Allemagne, quelques-unes au Royaume-Uni, en Suède, Italie, Portugal. Leur production est de l'ordre de 1,8 PJ/an (soit 43.000 tep).

Le " modèle danois " suscite un grand intérêt au niveau européen. Mais son exportation à travers l'Europe tarde à se concrétiser. Il repose sur des conditions propres à ce pays - tarif élevé d'achat de l'électricité lors de la livraison de l'énergie sur le réseau, nombreux petits réseaux de chaleur communaux qui permettent de valoriser l'énergie thermique, forte densité d'élevages, culture de la coopération entre agriculteurs… - qui ne se combinent dans aucun autre pays.
Au Danemark toujours, la quasi totalité des usines de méthanisation des lisiers pratiquent la co-digestion : ces unités traitent des déchets de l'agro-alimentaire au sens large - y compris déchets d'abattoirs - boues urbaines, voire biodéchets municipaux qui permettent d'augmenter très sensiblement la production de biogaz et de générer des redevances de traitement. Elles sont exploitées par des compagnies privées, des collectivités locales, des groupements d'agriculteurs, des sociétés mixtes. Ces projets sont à caractère industriel, avec des critères de performance et de rentabilité.


Modèle danois " contre " modèle allemand " ?

En fait, la situation est bien plus nuancée. La digestion des déjections d'élevages peut s'effectuer sur des grandes ou des petites unités, avec ou sans apport d'autres déchets, de façon collective ou individuelle. On recense des unités individuelles qui pratiquent la co-digestion. Des grandes unités qui traitent les déjections d'un seul gros élevage industriel. Des unités collectives qui concernent seulement 2 ou 3 éleveurs et restent de taille modeste.

Ou en est-on en France ?

On assiste à une forte recrudescence de demande d'information de la part d'agriculteurs qui souhaitent produire de l'énergie, désodoriser leurs lisiers et fumiers, améliorer leur plan d'épandage. La mise aux normes du bâtiment d'élevage est souvent le facteur déclenchant. Dans la région d'AOC Jambon de Bayonne, l'Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) entend promouvoir la co-digestion. La Bretagne est en pleine effervescence, dans un contexte spécifique à cette région. La méthanisation est restée longtemps négligée par les organismes de développement agricoles, la raison invoquée étant qu'elle ne permet pas de détruire l'azote et le phosphore. Cependant, différents procédés sont à l'étude : ils visent à utiliser l'énergie produite par la méthanisation, pour traiter le lisier digéré de façon à en extraire les nutriments sous une forme commercialisable, substituable aux engrais chimiques, dont la production est par ailleurs énergivore. La méthanisation est alors l'un des maillons de la chaîne de traitement plus complexe que ce qui est le plus souvent pratiqué au Danemark.

Parmi les facteurs qui conditionnent la réalisation de ces projets, on peut en relever deux principaux : l'environnement économique et réglementaire des projets et le contexte énergétique, notamment le tarif d'achat de l'électricité.
L'équilibre économique dépend d'une valorisation optimale de l'énergie : forte productivité en biogaz, tarifs de vente attractifs. Le prix d'achat de l'ordre de 10 cE/kWh en Allemagne explique pour une bonne part - mais pas en totalité - le récent développement du biogaz " à la ferme " dans ce pays . De même, les usines collectives danoises livrent le biogaz à des installations de cogénération sur réseau de chaleur.

La situation est pour le moment bien différente en France, et d'autant plus pénalisante que la saison de chauffage est plus courte et les petits réseaux de chaleur rares.
Sur le plan réglementaire, rien n'est prévu pour les amendements organiques issus d'un mélange de lisiers et d'autres déchets, le sort des déchets d'origine animale est incertain, et il est probable que la réglementation se construira en même temps que les premiers projets sortiront de terre.
On le voit, la transposition d'un modèle, qu'il soit " danois ", " bavarois", " suisse " ou autre, nécessite une adaptation aux conditions propres à chaque région, et on verra peut-être émerger dans les années à venir un modèle " breton " ou " béarnais ". Pour cela, il faudra procéder à l'évaluation complète des modèles existants, les adapter et les tester dans différents contextes, et laisser la porte ouverte à l'inventivité.




Christian COUTURIER, 2000.
SOLAGRO

(1) Source (sauf pour la Suisse) : Jens-Bo Holm-Nielsen, " The future of Biogas in Europe, a general overview "










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