Article publié dans le numéro 0 de la revue Bionenergie international 2007 Isabelle Meiffren SOLAGRO. Du côté de la méthanisation des déchets ménagers; le développement s’est enclenché il y a quelques années. Du côté de la « co-digestion », du biogaz agricole, et du gaz de décharge, les tarifs d’achat de l’énergie ex-biogaz, rehaussés en juillet 06 font brûler de la matière grise. Dans les industries, les stations d’épuration, on investit ou réinvestit dans la co-génération. Dans le domaine des déchets ménagers, 5 usines fonctionnent après deux décennies de sommeil. Amiens a ouvert la voie en 1988. Varennes-Jarcy , Calais, Le Robert à la Martinique et Lille ont suivi depuis peu. Montpellier, Clermont-Ferrand, Saint Lô, Marseille et Forbach - seront mises en service entre 2008-2012. D’autres collectivités - Angers, Metz, Romainville, Le Blanc-Mesnil, le département de l’Ain, … ont également fait le choix d’insérer la méthanisation dans leur politique déchets. Les raisons de cette reconnaissance, somme toute tardive ? Pour les projets récents, la nouvelle grille tarifaire n’y est pas étrangère. Mais ce développement doit beaucoup à d’autres facteurs. Primo : les collectivités ont du mal à « recycler toujours plus » tandis que les quantités ne cessent de croître. La méthanisation apparaît comme une des solutions intéressantes. Variante haut de gamme du compostage, elle concerne potentiellement deux tiers du contenu des poubelles des ménages ! Lequel est ensuite transformé pour une moitié en énergie, pour l’autre, en amendement. Ça tombe bien : les énergies renouvelables ont (enfin) la cote tandis que le retour au sol de matières organiques est une nécessité mieux admise maintenant que l’amélioration des tris en amont des usines permet d’obtenir des digestats de qualité. Secundo, les technologies ont fait leur preuve. Le retour d’expérience de nombreux pays - plus de 100 usines en Europe - rassure les donneurs d’ordre, alors que l’incinération et la mise en décharge suscitent toujours défiances et polémiques. Tertio, la méthanisation est désormais reconnue pour ce qu’elle est : non pas une solution miracle à 100 %, mais une maillon tantôt substituable, tantôt complémentaire des autres technologies. La méthanisation, c’est enfin, une modularité et une souplesse qui séduisent. La future unité du Blanc-Mesnil va traiter des boues d’épuration de l’agglomération parisienne . De telles complémentarités s’étudient à la campagne, ou en zones péri-urbaines. Communautés de communes, Pays, Régions, engagent des études de gisement et élaborent des schémas d’implantation d’unités capables de traiter en mélange, fumiers et lisiers, déchets agroalimentaires, déchets verts, boues et graisses de stations…Les motivations sont environnementales - les plans climat fleurissent - mais aussi énergétiques et économiques avec la création d’activités non délocalisables. Si les nouveaux tarifs « biogaz » ajoutent à la faisabilité des projets, la prime à l’efficacité énergétique pousse à la valorisation de la chaleur. Autrement dit, à l’implantation des installations à proximité d’entreprises ou d’industries « consommatrices » ainsi qu’ à la création de petits réseaux de chaleur. 4 projets de ce genre sont à l’étude en France, pour une soixantaine d’unités opérationnelles en Europe. A titre inidividuel ou dans le cadre de projets collectifs de biogaz à la ferme, les éleveurs s’interrogent eux aussi. Avec 3 installations en fonctionnement, deux en rodage, la filière, balbutiante, devrait décoller. A quel rythme ? Difficile à prédire. La France n’a pas suivi la voie allemande et sa surprime à la digestion des cultures énergétiques (prime NaWaRo). La priorité compte-tenu de notre « capital » de 300 millions de tonnes de lisiers et fumiers par an - est de réduire les émissions de gaz à effet de serre associés pour une large part à leur stockage à l’air libre. L’Allemagne - 3500 installations, 40 000 unités en prévision en 2020, affiche d’énormes ambitions. Une stratégie qui à nos yeux n’est pas sans risque .Celui de voir l’énergiculture prendre le pas sur l’agriculture, avec des digesteurs dopés au maïs, en lieu et place de vaches et cochons. A suivre donc… Stations d’épuration, méthaniseurs industriels et décharges : cap sur la cogénération A raison de quelques nouveaux digesteurs par an, le développement se poursuit sur les stations d’épuration urbaines. 70 stations digèrent les boues de quelques 20 millions d’équivalent habitants Objectif des gestionnaires : réduire toujours plus les volumes de boues à évacuer. Quelques stations, à l’image de Montpellier, testent en ce sens l’hydrolyse thermique. La production d’énergie (en partie valorisée sur site) est un plus et les stations investissent ou ré-investissent dans la co-génération, pour mieux valoriser la chaleur. Avec une centaine de site équipés d’un ou plusieurs méthanisateurs, le secteur industriel devrait rester fidèle à la méthanisation. Ici encore, la cogénération a de beaux jours devant elle. Elle devrait également se généraliser à bon nombre de centres d'enfouissement de moyenne capacité. Une vingtaine de décharges seulement - les plus importantes - valorisent aujourd’hui leur biogaz. Isabelle Meiffren SOLAGRO. L’arrêté du 26 juillet 2006 en bref, c’est : - une: augmentation de 50 % des tarifs d’achat de l’électricité ex-biogaz - des tarifs qui varient de 75 €/MWh pour un moteur sur gaz de décharge sans valorisation de la chaleur cogénérée, à 140 €/MWh dans le meilleur des cas (méthanisation en digesteur, moteur de moins de 150 kW, taux global de valorisation du biogaz de plus de 75 %). La prime d'efficacité énergétique, de 30 €/MWh, incitera les producteurs à utiliser correctement la chaleur cogénérée, y compris via du transport de biogaz par canalisations dédiées, pour aller chercher des débouchés à quelques kilomètres. Sur www.solagro.org, un petit calculateur basé sur cet arrêté tarifaire, permet de connaître le prix d'achat de l'électricité produite par le biogaz en fonction de la puissance et du taux de valorisation global. 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