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« Méthanisation territoriale » : initiatives hexagonales



Article paru (Juin 2007 )dans le Numéro 1 de la nouvelle revue Bioenergie international Lien externe
En France, plusieurs projets de méthanisation territoriale sont à l’étude. Les atouts de ce concept - des lisiers sont traités en mélange avec d’autres déchets organiques - sont bien cernés grâce au recul des pays pionniers, Danemark en tête. Les ingrédients à réunir pour que ces projets collectifs se concrétisent ? Des infrastructures pour valoriser la chaleur, une organisation logistique rigoureuse et pour cimenter le tout, une réelle culture de la coopération territoriale.

Les enseignements des pionniers.

Au Danemark, suite au contre choc pétrolier de 1985 qui fragilise les installations de biogaz à la ferme, une vingtaine d’usines de méthanisation collectives sont construites à l’initiative de coopératives agricoles, d’entreprises, de collectivités locales. Leur capacité de traitement va de 10.000 tonnes à 150.000 tonnes. Les matières digérées sont pour les trois-quarts des lisiers (bovin et porcin), et pour un quart des déchets agro-alimentaires. Les lisiers sont collectés dans un rayon de quelques kilomètres et le digestat est restitué aux éleveurs pour épandage. Le biogaz est valorisé par cogénération avec un taux de valorisation de la chaleur très élevé, facilité par la densité en réseaux de chaleur (cf encadré). Les industriels disposent d’un outil de traitement des déchets à un coût acceptable tandis que les éleveurs gèrent plus rationnellement leurs engrais de ferme. Désodorisés, assainis, minéralisés, les « lisiers digérés » sont plus facilement épandables et mieux assimilables par les cultures.

France, des projets à suivre…

En Lorraine, une dizaine d’éleveurs travaillent sur une installation qui traiterait des lisiers mélangés à de la glycérine. La chaleur serait valorisée via un réseau de chaleur communal. Une société locale est en cours de constitution pour porter le projet. Dans l’ouest Aveyron, territoire où cohabitent éleveurs, ateliers et usines agroalimentaires, un programme européen piloté par des experts danois conclut à faisabilité de l’implantation d’une usine de co-digestion. Le biogaz devra être transporté sur une douzaine de kilomètres, pour être valorisé par des industriels. L’ investissement ? Même concept dans le Nord Deux-Sèvres où un projet est porté par la Communauté de communes du Thouarsais avec le soutien de la région Poitou-Charentes. Montant des investissements : de 5 à 7 millions d’euros selons les configurations.


Approche territoriale vs approche individuelle ?

Nombre d’agriculteurs sont tentés par une démarche individuelle. Ils y voient une possibilité de dégager des revenus complémentaires, comme en Allemagne où les recettes tirées de la méthanisation représente le tiers des revenus des agriculteurs, voire plus. Au Danemark, les agriculteurs sont des fournisseurs de matière première qui bénéficient en retour d’une désodorisation, homogénéisation et minéralisation gratuite de leurs lisiers. En France, en dehors des zones d’excédent structurel d’azote, les agriculteurs n’envisagent pas de payer une redevance traitement. Ils espèrent au contraire tirer un bénéfice de la mise à disposition de leurs fumiers et lisiers. Devant ces points de « blocage », l’erreur serait de se détourner de ce gisement agricole pour privilégier les gisements « payants ». Ce serait se priver des synergies énergétique et territoriales permises par le traitement combiné des lisiers avec d’autres déchets. Surtout qu’en France, pays d’élevage, le potentiel énergétique des déjections et résidus de culture est au moins 10 fois supérieur à celui des seuls déchets agro-alimentaires méthanisables.
Trouver un compromis économique qui convienne à tous est essentiel. Trouver un porteur de projet l’est tout autant ! Le montant des investissements ne permet guère aux agriculteurs d’en assurer le pilotage total. Des industriels seraient plus enclins à le faire… Même si elles sont peu concernées par le volet déchets (les installations collectives traite peu de biodéchets), les collectivités locales ont un rôle à jouer, pour organiser un service public de distribution de la chaleur. Et quid d’un portage par des sociétés spécialisées dans l’énergie ? Ou par des entreprises spécialisées dans la gestion des matières fertilisantes ?
En fait, le métier de spécialiste en « méthanisation territoriale » reste à inventer. Sa mission ? Aider les « territoires » à créer les synergies les plus fructueuses, à proposer les meilleures conciliations entre acteurs, et à trouver faire émerger une structure pour le portage du projet.


Transport de la chaleur renouvelable : créer des infrastructures

La cogénération, clé de voûte de l’équilibre économique des opérations, suppose que soit résolue la question du transport de la chaleur dès qu’elle ne peut être valorisée à proximité (ce qui est souvent le cas). L’énergie peut être transportée soit :
- par des canalisations « biogaz » dédiées
- par des réseaux de chaleur (d’eau chaude plus exactement). En France 3% des habitations sont raccordées à des réseaux de chaleur ; contre 60 % au Danemark.
- par le réseau de distribution du gaz naturel, le biogaz étant épuré aux normes du gaz naturel. Cette alternative permet de s’affranchir de la contrainte des débouchés thermiques et de leurs variations saisonnières. Prévue par la directive européenne sur l’ouverture du marché du gaz de 2003, l’injection est pratiquée aux Pays-Bas, Suisse, Suède, et depuis peu Allemagne. En France, la question est, remise en débat après des années de véto.






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