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Quelle place pour les biocarburants dans l'hexagone ? |
Une approche de la problématique... Les biocarburtants produiront 5 millions de tonnes équivalent pétrole : c’est l’objectif fixé par le gouvernement à l’horizon 2015. C’est aussi le chiffre retenu par l’association Négawatt (voir www.negawatt.org) mais de façon plus raisonnable à l’horizon 2050. C’est également ce que préconnise l’Union Européenne pour 2020.Il faudra pour cela mobiliser environ 10 % du territoire national, c’est à dire 4 à 5 millions d’hectares – c’est la place qu’occupait au milieu du XX° siècle l’alimentation des chevaux et animaux de trait.Disposerons-nous de ces surfaces ? C’est possible. Mais sous conditions. La surface agricole, ainsi que les landes et friches, tendent à diminuer : elles ont perdu plusieurs millions d’hectares au profit des surfaces artificialisées, qui prennent les meilleurs terres, et de la forêt, qui gagne sur les moins bonnes. La France est déficitaire d’environ 2,4 millions d’hectares pour satisfaire tous ses besoins alimentaires et non alimentaires. Cette balance déficitaire tient principalement à notre déficit en protéines (importation de soja) et en bois (sciages, meubles, pâtes et papier). Côté produits forestiers : la forêt française est notoirement sous-exploitée. Il est possible de produire plus de bois d’œuvre, qui viendra remplacer les matériaux énergivores comme l’aluminium ou le béton, tout en produisant plus de bois énergie. Côté protéines : la France, tout comme l’Europe importe une quantité très importante de soja destinée aux élevages de volaille, porc et vaches laitières : 5,6 millions de tonnes de tourteaux en 2003 représentant environ 2,6 millions d’ha, au Brésil principalement. L’accroissement en France des surfaces en légumineuses fourragères (luzerne, trèfles...) et à graines (pois, féverole, lupin, soja) permettrait d’être à la fois moins dépendant en azote chimique mais aussi du soja OGM. Une augmentation des surfaces en oléagineux (colza, tournesol) dont l’huile pourrait être valorisée en alimentation et en énergie contribuerait aussi à la production d’un tourteau riche en protéines. En effet, les biocarburants utilisent les glucides et les lipides, laissant les protéines disponibles. Les biocarburants dits « de première génération » peuvent donc être développés, la limite étant fixée par l’utilisation des co-produits riches en protéines, et par les limites agronomiques qui imposent des rotations de cultures. L’objectif des 5 millions de tonnes équivalent pétrole – qui est aussi celui affiché par le gouvernement mais dès 2015 - peut être atteint, y compris avec une diminution des consommations des « intrants » de l’agriculture : foul, engrais, pesticides et autres produits phytosanitaires. L'Europe n'est pas le Monde... Mais ce raisonnement ne vaut que pour l’Europe. Car il faudra d’ici 2050 nourrir près de 3 milliards d’humains supplémentaires, et notre régime alimentaire, tout comme notre régime énergétique, n’est pas extrapolable à l’échelle de la planète. L’agriculture française est avant tout une vaste machine à produire de la viande et du lait. Elle y consacre près de 82 % de ses surfaces, et seulement 17 % des surfaces des productions végétales sont directement consommées par l’homme. Mais pour fabriquer 1 tonne de protéines animales, il faut consommer dix fois plus de protéines végétales : le « rendement énergétique » des filières viandes est médiocre, il est dévoreur d’espace, et les terres agricoles à l’échelle mondiale ont leurs limites. Il y a à craindre que l’on importe massivement des biocarburants depuis les pays du Sud, comme le Brésil, la Malaisie, et même l’Afrique. Les agricultures des pays du Sud, après avoir été mises à mal par la concurrence des pays riches, pourraient patir de la concurrence entre les cultures vivrières et les cultures d’exportation destinées à faire rouler nos voitures. Il est possible que, le prix des denrées agricoles augmentant en parallèle à celui du pétrole, le revenu des agriculteurs du Sud (qui représentent la moitié des pauvres de la planète) augmente lui aussi. Mais entre le renchérissement des prix des aliments qui pénalisent les urbains et celui des prix agricoles qui favorise les ruraux, la balance est très incertaine. Il reste donc à mettre en place des dispositifs limitant drastiquement les importations de biocarburants depuis les pays du Sud. Le tournant de sobriété énergétique pour l'agriculture et l'alimentation. Ainsi donc, la crise actuelle de l’énergie donne une impulsion sans précédent aux bioénergies, dont les biocarburants. Elle provoque également une prise de conscience par les citoyens (et les agriculteurs) que nos ressources en énergie, mais aussi en espace, sont limitées. Le développement de ces nouvelles filières ne peut se concevoir qu’en intégrant l’ensemble des enjeux environnementaux et des relations Nord-Sud sur les échanges de biens toujours croissants. La sécurité alimentaire et énergétique doit être recherchée parallèlement. Les principes du scénario Négawatt peuvent être appliqués à l’agriculture, qui doit réduire sa consommation d’intrants tout en maintenant sa productivité ; à l’alimentation, depuis nos modes de consommation jusqu’à notre régime alimentaire ; et à l’utilisation de l’espace. Christian Couturier, SOLAGRO, Janvier 2007 Haut de page Page suivante : Effet de serre |
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