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Ces vergers qui peuvent tourner le dos aux pesticides... |
Alors que les consommateurs se plaignent du manque de goût des fruits et que les pesticides mettent en péril leur santé et celle des arboriculteurs n’est-il pas temps d’imaginer de nouvelles formes d'arboriculture ? Les vergers ont bien changé et la consommation de fruits aussi. En quarante ans, le verger diversifié, disséminé sur tout le territoire, généralement associé à d’autres productions (céréales, prairie, vigne) a laissé la place au verger spécialisé, concentré dans quelques exploitations et régions. Alors que l’autoconsommation des fruits et de ses dérivés (cidre) continuent de reculer, les agrumes et fruits prennent une part croissante du marché. En outre, avec la mondialisation des échanges, les fruits sont maintenant disponibles en frais toute l’année, à grand renfort de chambres froides et de transport. La spécialisation des vergers et la préférence donnée à quelques variétés, entraînent des phénomènes croissants de résistance des ravageurs (carpocapse, psylle, pucerons,…) aux pesticides. Cette situation oblige les agriculteurs et la recherche à innover constamment dans les moyens de lutte (nouvelles molécules, confusion sexuelle, …). Mais toutes ces innovations ne favorisent en rien la santé des arboriculteurs (la moitié d'entre eux ne se protègent pas quand ils traitent) mais aussi des consommateurs (dépassement de 8,3 % de la ''Limite maximale de résidus). Imaginer de nouvelles formes de vergers Les prés-vergers sont encore bien présents sur notre territoire, malgré un recul très important. Ils constituent toujours un modèle intéressant pour une production de pomme, de poire, de mirabelle ou de cerise. La faible densité des arbres, l’utilisation conjointe de plusieurs variétés, la couverture permanente du sol, la présence de haies, la mixité des productions (herbe et fruit) permettent une production sans traitement avec un rendement, certes, plus faible (10 tonnes au lieu de 30 tonnes pour la pomme) mais compensé par la production de viande ou de lait (1UGB/ha) et de très faibles charges. Abandonné par la recherche, ce système de production , capable de répondre au cahier des charges de l’agriculture biologique, pourrait être amélioré (mécanisation de la récolte, greffage de nouvelles variétés, conduite du pâturage, …). De même des innovations sont à faire dans les modes de conservation et de transformation (fruits séchés, compote, confiture, jus, cidre, …). Ces vergers à faibles intrants sont aussi porteurs de cette multifonctionnalité tant recherchée : qualité du paysage, identité forte , biodiversité élevé, produits typés, préservation des ressources (eau, énergie). Les consommateurs, tant soucieux de leur santé, doivent aussi adapter leur mode d’achat et leur consommation : redécouvrir le goût du jus de pomme de ces variétés hautes tiges au détriment des boissons sucrées et gazeuses, manger les fruits de saison, admettre certaines conformations des fruits, favoriser les productions de proximité. Un rapprochement entre les producteurs et les consommateurs est donc nécessaire. Philippe Pointereau Solagro
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