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Le bois de feu en Midi-Pyrénées : prospective pour 2020.


Tendance, résistance, ou déclin : trois scénarios pour le bois de feu en Midi-Pyrénées.

Solagro a réalisé en 1999 pour la DRAF Midi-Pyrénées, une étude sur la filière ''bois de feu à usage domestique''. En toile de fond : le devenir de cette filière après 2 décennies de diminution du nombre d'agriculteurs - traditionnels consommateurs et pourvoyeurs de bois - et au moment où la consommation, après l'embellie des années 75-90, semble marquer le pas.

L'enjeu du bois énergie est important : en effet, la mobilisation de cette ressource renouvelable se situe au premier plan des filières destinées à permettre à la France de respecter ses engagements en matière de stabilisation des rejets de gaz à effet de serre. Et les objectifs fixés par les pouvoirs publics (ADEME et Régions) dans le cadre du Plan Bois Energie 2000/2006 sont ambitieux.

Au-delà d'un état des lieux ''comptable'' d'une filière mal connue, cette étude propose des scénarios à l'horizon 2020 et s'intéresse à leurs impacts potentiels sur la forêt et, on les oublie trop souvent, sur les haies. Toute prospective supposant un diagnostic des dynamiques passées et présentes, nous avons démêlé l'écheveau des échanges qui président à la mobilisation du bois et dont les mots clés sont : autoconsommation, vente déclarée, don, troc, affouage, entraide, sans occulter l'existence d'un marché noir.

La principale originalité de ce travail est d'ordre méthodologique. Les approches quantitatives sur l'approvisionnement reposaient jusque là sur l'EAB, enquête qui ne donne que le volume de bois de bois de feu vendu et déclaré. Du fait du niveau élevé d'autoconsommation et d'échanges non monétaires, elle n'est que très partiellement représentative. Nous avons donc utilisé et croisé d'autres sources qui procurent, sinon une image précise des flux, à tout le moins une photographie vraisemblable en ordre de grandeur.

Transposable, cette méthode pourrait révéler bien des particularismes régionaux. Nul doute qu'entre la Bretagne et ses formations linéaires, les forêts domaniales de l'Est traversées par des hivers rigoureux et les boisements méditerranéens, les modes de production, de consommation et d'approvisionnement diffèrent fortement.

En 20 ans, de profondes mutations

En Midi-Pyrénées le bois de feu demeure à raison de 2,2 millions de m3, le premier débouché du bois issu des feuillus devant le bois d'oeuvre et le bois d'industrie. Derrière une relative stabilité des consommations se cache le transfert d'une partie des consommations des agriculteurs vers les ruraux non agriculteurs. En 1996, 39 % de ces derniers se chauffent au bois à titre principal contre 26 % en 1982. Sur la même période, la consommation des citadins triple. C'est la conséquence du renchérissement des coûts du pétrole, de la multiplication des inserts dans les pavillons '' tout électrique '' et plus ponctuellement, des chaudières bois en zone rurale ou péri-urbaine.

La part de l'entraide et des solidarités

Les ruraux non agriculteurs tendent donc à prendre la place autrefois exclusivement occupée par les agriculteurs. Comme ils n'assurent que le tiers de leurs besoins, ils s'approvisionnent également auprès d'autres ruraux (pour un quart), d'agriculteurs (un autre quart) et achètent le reste aux marchands de bois. Les agriculteurs produisent davantage que ce qui est nécessaire à leur consommation. Ils troquent, donnent, échangent contre service, ou vendent un tiers environ de leur production. Quand aux urbains, ils s'approvisionnement massivement sur le marché (40% des consommations) mais aussi, selon des modalités très variées, auprès des agriculteurs et des ruraux. Selon nos estimations, l'ensemble des échanges informels représenterait un quart de la consommation. Sur ce total, il y a certes du marché noir, mais surtout des échanges qui relèvent davantage de l'économie d'entraide et de solidarités rurales de proximité.

Une bois qui est de moins en moins issu de l'entretien des haies, et de plus en plus de l'entretien de la forêt.

Après une hausse des apports (+ 400 000 m3 entre 82 et 90) consécutive à la hausse de la demande, la forêt représente depuis la fin des années 1980, plus de la moitié de l'approvisionnement en bois de chauffage. Les haies fournissent encore 30 % des consommations, malgré une diminution sensible, liée notamment à la diminution du linéaire...

Trois scénarios pour 2020

Pour établir les scénarios prospectifs, nous avons pris comme hypothèses de travail :


une diminution du nombre d'agriculteurs, actifs et retraités, plus ou moins appuyée selon les scénarios...


la diminution probable de la consommation de bois par ménage du fait de la modernisation des équipements et des logements (isolation etc...)


des évolutions variables du taux d'équipement en inserts, poêles , chaufferies...



Avec une diminution de la consommation de 2,2 à 1,7 million de m3 en 20 ans, le scénario tendanciel prolonge les évolutions récentes, dans un contexte de meilleures performances énergétiques des matériels. Le scénario résistance (2,4 millions de m3) correspond à un regain de diffusion du chauffage au bois en milieu rural et péri-urbain qui compense l'effet de réduction des consommations '' unitaires ''.

Le scénario déclin en revanche voit la chute des consommations s'accélérer (- 1,3 million de m3) du fait principalement de la forte réduction des consommations par les agriculteurs.

Entre la résistance et le déclin, l'autoconsommation et les échanges informels pourraient '' chuter '' d'1 million de m3, une énergie qui serait transférée vers les compagnies d'énergie. Quelles en seraient les conséquences en terme d'emplois locaux ? Des solidarités rurales ?

Autre ligne de fracture identifiée : la chute des prélèvements en forêt avec le scénario déclin, les haies suffisant à l'approvisionnement. Dans ce cas, la forêt midi-pyrénéenne, qui s'accroît au rythme actuel de sous-exploitation risquerait plus encore de se fermer. Toute l'activité forestière dont l'économie dépend aussi des débouchés pour les petits bois s'en trouverait à n'en pas douter, fragilisée.

Pour en savoir plus, les ''Nouvelles de SOLAGRO'', N° 26



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